Port-au-Prince, 18 septembre 2026 — Les autorités haïtiennes affichent leur ambition de faire de la restauration des écosystèmes un levier de développement local et de création d’emplois verts. La Stratégie nationale de reforestation communautaire, lancée officiellement le jeudi 17 septembre à l’Hôtel Kinam, à Pétion-Ville, prévoit notamment la restauration de plus de 50 000 hectares de terres dégradées d’ici 2031.
Portée par le ministère de l’Environnement, en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), et sous l’égide de la Primature, cette stratégie entend placer les communautés au cœur des efforts de restauration des paysages dégradés.
La cérémonie de lancement a réuni plusieurs membres du gouvernement, des représentants d’institutions publiques, d’organisations environnementales, du secteur privé ainsi que des partenaires techniques et financiers. Le ministre de l’Agriculture, Marcelin Aubourg, est intervenu à distance.
Une nouvelle approche de la reforestation
Dans son intervention, le ministre de l’Environnement, Valéry Fils-Aimé, a défendu une approche qui vise à dépasser les campagnes ponctuelles de plantation d’arbres pour privilégier une restauration durable des territoires.
Selon cette orientation, la protection de l’environnement doit également contribuer à la création d’emplois verts, au soutien des producteurs et au développement de nouvelles possibilités économiques pour les populations rurales, notamment les jeunes et les femmes.
L’objectif, a-t-il expliqué, est de « passer de la dépense environnementale à l’investissement productif », en faisant de la restauration des écosystèmes une activité capable de générer des retombées concrètes pour les communautés.
Le ministre a également annoncé une initiative qui devrait être développée avec le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales autour de la création de forêts communales sur des terrains relevant du domaine de l’État. Cette démarche vise à renforcer le rôle des collectivités et des communautés dans la gestion des espaces forestiers.
L’agriculture intégrée à la restauration des territoires
De son côté, le ministre de l’Agriculture, Marcelin Aubourg, a insisté sur l’importance d’associer les agriculteurs aux décisions concernant les zones à restaurer et les espèces à privilégier.
Pour le MARNDR, les interventions doivent tenir compte des réalités propres à chaque territoire, notamment ses caractéristiques écologiques, ses besoins agricoles, ses conditions économiques et les moyens de subsistance des populations.
La stratégie ne se limite donc pas à la plantation d’arbres. Elle prévoit également des actions de protection des bassins versants, de restauration des sols, d’amélioration de la couverture végétale et de développement de l’agroforesterie.
Cette approche vise à mieux coordonner les interventions publiques et communautaires afin d’éviter que les initiatives de restauration soient menées de manière isolée.
Des objectifs chiffrés à l’horizon 2031
Présentée lors de la cérémonie par la Direction des Forêts et des Énergies renouvelables (DFER), la stratégie fixe plusieurs objectifs pour les cinq prochaines années.
Les autorités prévoient notamment :
- la restauration de plus de 50 000 hectares de paysages dégradés ;
- le développement ou le renforcement de 100 pépinières communautaires dans les dix départements ;
- l’implication de plus de 50 000 ménages ;
- la création ou le soutien de plus de 10 000 emplois verts.
Le document prévoit également le renforcement des mécanismes de suivi afin de mesurer les superficies effectivement restaurées et d’améliorer la traçabilité des interventions.
La DFER entend notamment s’appuyer sur des outils tels que la plateforme PRAIS4, qui peut contribuer à documenter l’évolution de la dégradation des terres et de la couverture terrestre dans le cadre des engagements internationaux d’Haïti.
Les communautés au centre du dispositif
Au-delà des objectifs chiffrés, la stratégie mise sur la participation active des populations locales. Sa mise en œuvre doit reposer sur plusieurs principes, dont la gouvernance locale, le choix d’espèces adaptées aux territoires, l’intégration de l’agroforesterie et la création d’avantages économiques directs pour les communautés.
Agriculteurs, collectivités territoriales, associations communautaires, organisations de femmes et de jeunes, institutions publiques et partenaires techniques sont ainsi appelés à contribuer au déploiement du programme.
Le ministre Valéry Fils-Aimé a résumé cette orientation en évoquant la nécessité de « construire une véritable économie de la restauration ». La reforestation est ainsi présentée non seulement comme une réponse à la dégradation environnementale, mais aussi comme un secteur susceptible de soutenir les revenus et les moyens de subsistance des populations.
Avec cette stratégie, les autorités entendent faire évoluer l’approche haïtienne de la restauration des territoires : planter des arbres, mais aussi restaurer les sols, protéger les écosystèmes, soutenir la production et permettre aux communautés de bénéficier durablement des ressources qu’elles contribuent à préserver.
La réalisation de ces ambitions d’ici 2031 dépendra toutefois de la capacité des institutions, des collectivités, des communautés et des partenaires à traduire les objectifs annoncés en actions concrètes et durables sur le terrain.

