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BOIS CAÏMAN : LE COMITÉ DÉNONCE UNE « MANŒUVRE » AUTOUR DU PROJET LAKOU BWAKAYIMAN

Une lettre ouverte adressée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé réclame transparence, protection du site et audit des fonds publics

LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE

Alix Didier Fils-Aimé

Objet : Dénonciation de la Commission « Projet Lakou Bwakayiman »

Monsieur le Premier Ministre,

Libre ou mourir pour Haïti.

Nous, Comité de Bois Caïman, héritiers légitimes de Boukman, fils et filles de la terre sacrée où naquit la liberté, nous nous adressons à vous avec la gravité des jours de tempête. Nous refusons de nous taire.

Nous dénonçons la Commission du 22 juin 2026. Le ministre de la Culture et de la Communication, Emmanuel Ménard, vient de créer une Commission sur l’implémentation du Projet Lakou Bwakayiman. Un mandat d’un mois. Sept noms. Un secrétariat technique. Derrière la façade administrative, nous voyons une manœuvre. À l’exception de deux personnalités, cette commission rassemble des opportunistes. Nous l’affirmons : à l’approche de la date sacrée du 14 août, on recycle les mêmes visages, on fabrique des structures pour capter les fonds publics. Chaque année, des groupes d’experts s’associent à des réseaux anti-patriotes au sein du Ministère de la Culture pour détourner l’argent débloqué pour les festivités de Bois Caïman. Cette année ne doit pas être celle du pillage.

Nous exigeons la transparence totale. Monsieur le Premier Ministre, nous demandons au ministre de l’Économie et des Finances de publier, ligne par ligne, tous les montants débloqués ces 10 dernières années pour les événements de Bwa Kayiman. Le peuple a le droit de savoir. Combien ? À qui ? Pour quoi ? La mémoire de nos ancêtres n’est pas un budget à partager entre initiés.

Bois Caïman agonise sous les combines. Bois Caïman est devenu un espace pollué, bidonvillisé. Le maire principal vend des terrains à des sociétés anonymes. On rase les arbres avec son autorisation. Il consolide sa fortune personnelle sur les cendres de notre héritage. Les mines de sable sont exploitées et vendues à prix fort par le maire et ses protégés. C’est le chaos. Décret de 1995 : Bois Caïman est déclaré d’utilité publique. Personne ne respecte. Les arpenteurs arpentent. Les notaires délivrent des titres. La DGI accorde des fermages. La Mairie autorise tout. L’État regarde ailleurs.

L’insulte suprême : un Thé Bois Caïman. Monsieur le Premier Ministre, le comble est atteint. Ce même ministre annonce la création d’un Thé Bois Caïman. Bois Caïman n’est pas un salon. Ce n’est pas un concept. Ce n’est pas un produit culturel à mettre en vitrine. Bois Caïman est un serment. Un pacte de sang. Une rupture. Transformer ce lieu de révolte en thé, en spectacle, c’est trahir Boukman, Cécile Fatiman, les Marrons. C’est remettre intelligemment ce lieu sacré sous la tutelle de l’esclavage mental.

Voilà ce que Bois Caïman réclame. Nous ne voulons pas de commissions pour détourner. Nous voulons des actes pour protéger. Bwa Kayiman, c’est notre identité en tant que peuple. C’est lui qui nous a donné l’Haïti libre de 1804. Fierté qui nous accompagne, jusqu’à aujourd’hui. C’est à nous de le respecter et de le faire respecter. Bois Caïman doit être clôturé pour qu’il ne devienne pas un grand bidonville. La clôture est plus importante que tous les beaux développements que l’on voudrait y apporter, parce que les constructions ne s’arrêtent jamais, malgré le décret de 1995 qui accorde à Bois Caïman la reconnaissance d’utilité publique. Les autorités ne respectent pas cela. Les arpenteurs continuent d’arpenter. Les notaires délivrent des actes. La DGI donne des fermages. La Mairie autorise tout ce qui s’y fait. Il faut clôturer le site parce que l’exploitation des mines de remblai a complètement dévasté les deux côtés des mornes. Le bidonville avale le terrain. Les arbres sont coupés pour faire du charbon. Bœufs et cabris lâchés mangent toutes les plantes. Les excréments de bœuf sont partout. Marchands de pèpè, de fritay, tonneaux de dépôt de nourriture dégradent le site. Il faut le clôturer. Même si notre patrimoine a besoin d’une belle entrée, d’un Mémorial, d’une forêt sacrée, du Parc Cécile Fatiman, du péristyle Mambo Inan, du kiosque Dutty Boukman, du Jardin Dédée Grigrit, d’une maison pour les guides, d’une maison pour les pèlerins, le clôturer est plus important. Cela nous permettra de faire tout ce que nous devons faire, quand l’État de notre pays en sera capable. Parce que Bois Caïman doit rester maître de lui-même. Le premier patrimoine du pays ne peut pas mendier la charité aux Blancs. Bois Caïman, c’est la Gloire des Ancêtres et notre Fierté. Clôturez-le pour le préserver.

Notre position est claire. Premièrement, suspendez immédiatement cette commission. Deuxièmement, auditez tous les fonds Bois Caïman depuis 2016. Troisièmement, clôturez le site, stoppez les ventes de terrain et sanctionnez le maire. Quatrièmement, abandonnez l’idée insultante de Thé Bois Caïman. Cinquièmement, mettez en place un Conseil de Gardiens, composé d’habitants, de hougans, de manbos, d’historiens, sous contrôle citoyen, pas ministériel.

Monsieur le Premier Ministre, l’Histoire vous regarde. Vous avez le choix : être le chef de gouvernement qui a laissé profaner Bois Caïman, ou celui qui a rendu à Boukman sa dignité. Nous, à Bois Caïman, nous sommes prêts à mourir et à engager la bataille pour le respect de cet espace. Car un peuple qui ne défend pas sa mémoire n’a pas droit à l’avenir.

Libre ou mourir pour Haïti.

Comité de Bois Caïman

Gardiens du Serment du 14 août 1791

Port-au-Prince, le 22 juin 2026

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