Pétion-Ville, 19 janvier 2026 — Un regroupement de partis politiques et d’organisations issues de la société civile a rendu publique, ce lundi, sa position en faveur d’un mécanisme de transition placé sous l’autorité de la Cour de cassation à compter du 7 février 2026. Cette orientation a été dévoilée lors d’un point de presse organisé à Pétion-Ville.
Réunis autour du Protocole pour une solution haïtienne, ces acteurs — notamment l’Initiative du 24 avril 2025, le Grand Bloc du Peuple (GBP), l’Opposition plurielle, l’Accord Karibe, DEHFI et MP-18 — entendent proposer une alternative politique à la gouvernance actuelle, qu’ils jugent à bout de souffle. Ils ont exposé leur lecture de la crise nationale ainsi que les lignes directrices de la période post-7 février.
Prenant la parole, l’avocat Jean Renel Sénatus a souligné la portée symbolique de la date du 7 février 2026, qui coïncide avec les quarante ans de la chute de la dictature. Il a toutefois déploré que, quatre décennies plus tard, le pays demeure incapable de consolider une démocratie fonctionnelle ou de mettre en place un modèle de développement durable.
Il a dressé un constat alarmant de l’état du pays : institutions quasi inexistantes, Parlement absent, justice affaiblie, administration publique désorganisée, écoles détruites, centres hospitaliers pris pour cibles et établissements pénitentiaires saccagés. À ces dysfonctionnements s’ajoutent, selon lui, la dévalorisation de la vie humaine, l’émigration massive des jeunes et l’aggravation de la précarité sociale.
Me Sénatus a attribué cette situation au Conseil présidentiel de transition (CPT) ainsi qu’au gouvernement conduit par Alix Didier Fils-Aimé, qu’il estime responsables de l’aggravation de la crise. Il a plaidé pour l’installation d’un président issu de la Cour de cassation, une option qu’il considère conforme aux dispositions constitutionnelles.
De son côté, Me Anibal Coffy a affirmé que l’heure n’est plus aux discussions interminables, mais à des décisions concrètes. Il a mis en doute la légitimité des autorités en place au-delà de l’échéance du 7 février 2026.
Il a rappelé que le protocole signé le 14 janvier 2026 s’articule autour de trois piliers fondamentaux : l’adoption d’une position politique commune en faveur d’une solution nationale ; l’organisation prochaine d’une conférence inclusive réunissant partis politiques, organisations de la société civile, universitaires et leaders communautaires ; et l’élargissement du protocole à d’autres structures engagées dans la lutte pour la démocratie.
Selon Me Coffy, cette démarche vise à encadrer une transition apaisée et à favoriser l’émergence d’un exécutif crédible, capable de rétablir la confiance entre l’État et la population.
Intervenant à son tour, le pasteur Abel Loreston a mis en relief la souffrance quotidienne des citoyens, confrontés à la pauvreté, au chômage et à l’insécurité généralisée. Il a assimilé la situation actuelle aux quarante années d’errance du peuple hébreu dans le désert, appelant à une profonde renaissance morale, sociale et politique.
Il a dénoncé l’échec répété des gouvernements successifs, l’absence de scrutins crédibles et une gestion du pouvoir qu’il juge illégitime. À ses yeux, le pays a besoin d’un changement radical fondé sur la justice, la sécurité et la transparence.
Représentant l’Opposition plurielle, Jeantel Joseph a salué la convergence des forces politiques et sociales autour de cette initiative. Il a tenu à reconnaître l’engagement des responsables de l’Initiative du 24 avril, du Grand Bloc du Peuple et de l’Accord Karibe dans la construction d’une action collective.
Il a assuré que les signataires du protocole disposent d’une feuille de route claire visant à rétablir la sécurité, relancer l’activité économique et restaurer la confiance de la population. Dans cette perspective, une série de mobilisations citoyennes est annoncée entre le 8 janvier et le 1er février 2026 afin de maintenir la pression populaire.

