Pétion-Ville, 7 janvier 2026 – La commune de Pétion-Ville a été le théâtre, ce mercredi, d’une mobilisation citoyenne initiée par le mouvement politique Kasasyon Nou Prale, déterminé à exiger le respect de l’échéance du 7 février 2026, date à laquelle le Conseil présidentiel de transition (CPT) est censé quitter le pouvoir selon les termes d’un accord politique antérieurement signé.
Prévue comme une marche pacifique, l’action visait à interpeller à la fois la population et les autorités sur ce que les organisateurs qualifient d’impératif démocratique. Toutefois, le déroulement de la manifestation a été brusquement interrompu par l’intervention des forces de l’ordre. La Police nationale d’Haïti (PNH) a invoqué un défaut de notification formelle pour justifier sa décision, un argument que les responsables du mouvement rejettent catégoriquement.
Prenant la parole devant les manifestants, Jean Renel Sénatus, ancien sénateur de la République, a élargi la portée du message porté par Kasasyon Nou Prale, insistant sur le fait que la crise actuelle concerne l’ensemble de la nation, au-delà des cercles du pouvoir.
Selon lui, la gouvernance ne peut être confisquée par une structure transitoire déconnectée des réalités vécues par les Haïtiens, qu’ils résident dans le pays ou au sein de la diaspora. Il a évoqué les populations vulnérables, les personnes âgées livrées à elles-mêmes et les citoyens confrontés quotidiennement à l’insécurité, dénonçant l’incapacité de l’État à remplir ses obligations fondamentales.
L’ancien parlementaire a également dénoncé ce qu’il considère comme une restriction injustifiée des libertés publiques. Il affirme que les autorités policières avaient bel et bien été saisies d’une correspondance préalable annonçant la mobilisation.
« Malgré l’accusé de réception de notre démarche, les citoyens se retrouvent empêchés d’exercer un droit constitutionnel. La menace d’une dispersion forcée plane sur une mobilisation pourtant pacifique. C’est un signal inquiétant pour la démocratie », a-t-il averti.
Jean Renel Sénatus a rappelé que la date du 7 février 2026 ne relève ni de l’arbitraire ni de la contestation, mais d’un engagement politique formel déjà porté à la connaissance du CPT. Il a souligné la portée symbolique de cette échéance, qui coïncide avec le 40ᵉ anniversaire de la chute de la dictature en 1986, estimant que toute tentative de prolongation serait perçue comme une confiscation illégitime du pouvoir.
De son côté, Djina Guillet Delatour, figure dirigeante de Kasasyon Nou Prale, a exprimé une vive inquiétude face à l’attitude des forces de l’ordre. Elle a mis en garde contre toute dérive répressive à l’encontre de manifestants non violents.
Elle a insisté sur le fait que l’organisation ne saurait tolérer l’usage de gaz lacrymogènes, des arrestations arbitraires ou toute forme de violence policière, dénonçant une instrumentalisation des institutions sécuritaires contre la population civile.
Réaffirmant la ligne politique du mouvement, Djina Guillet Delatour a rappelé que Kasasyon Nou Prale milite pour une transition axée sur des résultats concrets, notamment le rétablissement de la sécurité, la stabilisation du pays et la création d’un climat propice à l’organisation d’élections crédibles.
En guise d’alternative institutionnelle, les dirigeants du mouvement proposent la désignation d’un juge de la Cour de cassation pour assurer, à titre provisoire, les fonctions de chef de l’État, en remplacement du Conseil présidentiel de transition. Une option présentée comme une sortie de crise légale et conforme à l’esprit de la Constitution, dans l’attente du retour à l’ordre démocratique.

