Port-au-Prince, Haïti — Alors que les discussions s’intensifient autour d’un possible départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, un nouveau nom gagne du terrain dans les milieux diplomatiques et politiques : celui de l’entrepreneur haïtien Emmanuel Fritz Parèt. Le 26 novembre 2025, l’homme d’affaires a officiellement soumis au Conseil présidentiel de transition (CPT) un dossier de candidature pour briguer la Primature, confirmant ainsi une ambition longtemps évoquée en coulisses.
Un postulant très actif sur la scène internationale
Depuis plusieurs semaines, Emmanuel Fritz Parèt multiplie les rencontres stratégiques, notamment avec des représentants américains. Récemment reçu à Washington, au sein même de la Maison Blanche, il aurait discuté de plusieurs dossiers majeurs touchant Haïti : insécurité, transition politique, organisation des élections et relance économique.
La nouvelle a été confirmée par son équipe de communication, qui présente l’homme comme un interlocuteur sérieux et crédible pour les partenaires internationaux.
Un parcours entrepreneurial diversifié
Fondateur de Paret Mining LLC, Emmanuel Fritz Parèt s’est construit une réputation d’investisseur audacieux. À travers Express Logistiks S.A., il a injecté 4 millions de dollars pour renforcer ses opérations d’extraction de calcaire destiné au secteur de la construction.
Il est également à l’origine d’une usine de transformation de calcium, financée à hauteur de 600 000 dollars, et d’un investissement de 150 000 dollars pour la mise en place d’une unité de dialyse à l’Hôpital Espoir.
Parèt a aussi porté un projet beaucoup plus ambitieux : la construction d’une raffinerie de pétrole évaluée à 20 millions de dollars. Après un investissement initial dépassant 3,5 millions, les travaux ont été stoppés en raison d’un différend foncier impliquant l’ex-sénateur Moïse Jean-Charles et plusieurs cohéritiers.
Des opportunités avortées et des batailles juridiques
Sa tentative d’acquérir l’hôtel emblématique Ibo Lele reste l’un des épisodes les plus médiatisés de son parcours. Malgré un versement de 400 000 dollars aux héritières Baussan, la transaction a échoué. Michelle Bennett, veuve de Jean-Claude Duvalier, est intervenue pour bloquer la vente, affirmant que l’établissement ne pouvait être cédé, les Baussan n’en étant pas légalement propriétaires.
Un discours centré sur le leadership et la transformation
Dans plusieurs interventions publiques, Emmanuel Fritz Parèt soutient qu’Haïti a besoin de dirigeants ayant un véritable engagement économique dans le pays.
Il critique ouvertement une classe politique qu’il décrit comme déconnectée :
« Ceux qui n’ont rien à perdre sont souvent les plus prompts à compromettre l’avenir du pays », estime-t-il.
Un héritage familial qui nourrit son ambition
L’homme d’affaires met fréquemment en avant son ascendance : son grand-père, Fritz Parèt Sr., fut le premier président noir de la Chase Manhattan Bank à New York, un parcours salué à l’époque par David Rockefeller lui-même.
Un tournant possible pour la gouvernance en Haïti
Alors que le pays traverse une crise multidimensionnelle, l’éventualité de voir une figure issue du secteur privé prendre la tête du gouvernement relance le débat sur le type de leadership nécessaire à la transition.
Si Emmanuel Fritz Parèt venait à être nommé Premier ministre, son arrivée marquerait un changement profond dans la conception de la gouvernance, en mettant au premier plan l’investissement, l’efficacité économique et la restructuration institutionnelle.
JEAN LOUIS FANFAN.

